PIERRE LEOSTIC, UN SI JEUNE HEROS ...

Publié le par Pierre LEAUSTIC

 




Pierre Léostic, Dunkerquois d'origine bretonne, faisait partie des parachutistes français du Special Air Service (SAS) qui attaquèrent en Juin 1942 l'aérodrome d'Héraklion occupé par les Allemands.

Né en Dunkerque le 24 décembre 1924, Pierre Léostic était le fils de Gabriel Léostic contrôleur en chef des Douanes et de Lucie Duriez. Il avait 4 soeurs, Marguerite, Thérèse, Yvonne et Geneviève.
Réfugié vec sa famille en Bretagne suite à l'invasion allemande dans le nord de la France, il quitte Brest  en Juin 1940 avec d'autres jeunes brestois... pour Ouessant où un navire anglais les prend en charge.
Il a 15 ans et demi... et laisse à sa mère une lettre particulièrement émouvante :

Ma chère maman,
Je t'en supplie ne me blâme pas, mon sang bout dans mes veines. Je rêve de porter un fusil et de m'en servir.
J'ai pris cent francs et ma carte d'identité. A Dieu vat ! Je veux être français, français encore,français toujours!

Il arrive en Angleterre où bien sûr, compte tenu de son âge, aucune armée ne l'accepte . Il est dirigé vers une école de la France libre au Pays de Galles.
Il s'en échappe, égare volontairement sa carte d'identité et fort d'une stature imposante pour son âge, réussit à s'engager comme soldat volontaire en se déclarant né le 24 septembre 1922.
Il suit un entraînement sévère le rendant apte aux missions les plus difficiles à Exbury  puis à bord du Cameronian. Il est intégré dans la "French squadron" de la Special Air Service" en tant que parachutiste de la France libre.

L'histoire du raid relatée ci-dessous et qui coûta la vie à Pierre Léostic  est tirée de l'interview (1) de Monsieur  Jack Sibard, l'un des survivants  du commando de la French Squadron.

L'unité des SAS, basée à Kabret en Egypte sur les bords du Canal de Suez est spécialisée dans la destruction au sol des matériels de guerre.
Créée à l'automne 1941 par le Major David Stirling, l'unité des SAS a pour devise "Qui ose gagne". Elle opère sur la Cyrénaïque et la Lybie face aux troupes allemandes du Maréchal Rommel.
En Juin 1942 un commando composé du commandant Bergé, du lieutenant grec Costas Pétrakis, du capitaine Lord jellicoe, et des caporaux Jacques Mouhot, Jack Sibard et Pierre Léostic reçoit pour mission d'effectuer une opération de sabotage en Crète.
L'objectif de cette mission est de détruire les avions allemands basés à Heraklion.
Ces avions attaquaient les navires ravitaillant l'île de Malte, point d'ancrage des forces alliées en Méditerranée orientale.
Si Malte ne pouvait plus être ravitaillée, elle capitulait et du coup les forces nazies maîtrisaient une bonne partie de la Méditerranée.
Et c'est d'Heraklion en Crète que décollaient les fameux Junker 88 allemands...

Le commando embarque à Alexandrie sur le sous-marin grec "Triton" qui met le cap sur les côtes nord de la Crète, à l'est de l'île de Dia.
Mais avec les courants et la proximité des batteries allemandes, le "Triton" largue le commando plus au large le matin du 10 juin.
Avec trois canots pneumatiques le commando rejoint la côte dans crique de San barbara près de Sissi.
De là, le commando effectue une marche d'approche de 35 km pendant deux nuits pour arriver au sud d'Heraklion dans la nuit du 12 au 13 juin 1942.

Le soir du 13 juin à 21h, le commando part à  l'attaque de l'aérodrome d'Héraklion avec  leurs  matériels, colt 45, poignard, compas et vingt bombes Lewis pour chaque homme . 

Un premier réseau de barbelés est cisaillé par Pierre Léostic et Jacques  Mouhot  puis un deuxième... l'opération de
sabotage peut commencer.

Jack Sicard raconte :

"Dans un premier shelter un gigantesque Junker 88 sera la première victime ; Jacques monte sur mes  
épaules et place la bombe Lewis. Suivrons trois autres Junker 88.
La 1ère bombe sautera deux heures plus tard.
Après les Junker, c'est le tour d'un  Messerschmitt 109 puis d'un Dornier 17 qui se volatiliseront.
Dans un autre shelter qui abrite un Junker  88, deux Allemands se reposent sur un lit préférant la fraîcheur  et la nature à leur chambrée. Nous posons nos bombes sans troubler leur sommeil.
Comme nous sommes généreux dans la distribution, tour à tour, les avions reçoivent leur charge, parfois double ou triple.
Nous évoluons au centre du terrain au moment de l'explosion de la première bombe ; 22 avions de tous  types explosent les uns après les autres  (19 Junker 88, 1 Dornier 17, 1 Messerschmitt 109, 1 Fuiseler Stork d'observation) plus des accessoires, provoquant un remue ménage parmi les Allemands.
Nous plaçons le reliquat de nos charges près des bombes  gros calibres stockées à proximité d'un poste émetteur.
Ce sera le bouquet final.

Pour traverser le groupe de bâtiments, caserne de  la base, nous nous comportons en chercheurs et non en recherchés, répondant en allemand aux injonctions d'un soldat. Une fois atteint le réseau de barbelés, en quelques foulées, nous étions hors de la base, le cœur léger, et fier de nous mêmes,  mission accomplie".

Les représailles allemandes ont été terribles, immédiates et contraires aux conventions de guerre : les allemands fusillent 50 otages sur la petite colline de Gazi. 

Le commando devait regagner le village de Krotos, petit village sur la côte sud dans les Astéroussia.
Le repli fut difficile et après une très  longue marche et beaucoup de péripéties le commando se retrouve dans la nuit du 18 au 19 juin à l'est du village de Vassilika Anoghia.

Jack Sibard raconte :

"Dans ce village, deux jeunes ont discuté avec  nous et nous ont proposé du vin pour accompagner le poulet de notre repas. Là, on a commis l'erreur de donner  à ces jeunes des bidons anglais pour aller chercher du vin dans un bistrot crétois. Le bistroquet a dit aux jeunes :
 " Mais d'où viennent ces deux bidons anglais ?" et ces jeunes lui ont appris qu'il y avait des parachutistes anglais  dans le village.
Le bistrotier leur a donné le vin avec,  en prime une grosse bouteille de deux litres de vin qu'il est venu nous porter lui même. C'était lui le traître.
Pendant que l'on mangeait, il est reparti à Vassilika Anoghia et a donné l'ordre à son gamin d'aller chercher les Allemands qui se trouvaient à vingt kilomètres au nord. Les Allemands nous sont tombés dessus à 18 heures 30. Auparavant, après un repos réparateur, à 15h, le commandant avait envoyé Jollicoe et Petrakis à Krotos prendre contact.
Nous attendions leur retour et là, soixante Allemands sont arrivés, 60 contre 4. Nous avions 104 cartouches au total. On a fait un carré, un petit mur, Mouhot, Bergé, Léostic, Sibard, un figuier. Bergé a ouvert le feu. 
Les Allemands ont riposté à la grenade . 
Pierrot Léostic m'a dit " Jack, viens au sud ! il n'y a personne, le passage est libre " Avant qu'il entende ma réponse, il s'est  élancé . "Non, Pierrot, il y a un fusil mitrailleur ! "
La rafale de l'ennemi a commencé dans un mouvement très lent ; elle est passée au dessus de moi frappant mon camarade aux jambes, il s'est écroulé en appelant  sa maman ; une deuxième rafale l'a fauché à hauteur  du ventre. Mortellement blessé, Pierrot a pleuré ;
 puis une troisième, puis le silence… il avait 17 ans et demi...
Notre chef décida d'arrêter ce combat inégal. A nos appels, les allemands cessèrent de tirer. Le combat était fini.



Le décès de Pierre Léostic ne fut porté à la connaissance de ses parents qu'en octobre 1943 par la Croix Rouge. Le corps de Pierre Léostic après avoir reposé 4 ans en terre grecque fut ramené en France  pour être inhumé au cimetière de Rosendaël près de Dunkerque.
  
 
Monsieur Tsaldaris, Président du conseil de Grèce a remis la Croix de guerre grecque  à la mère
de Pierre Léostic dans la cour des Invalides à Paris lors d'une grande cérémonie en 1946.
Pierre léostic est inscrit au mémorial des parachutistes SAS de la France Libre à Sennecey-le-Grand en Saône et Loire.
Les villes de Brest, Dunkerque et Héraklion ont donné le nom de l'une de leurs rues à Pierre Léostic.

Des recherches généalogiques portant sur l'ascendance Léostic de notre héros sont en cours. Tous les membres de la diaspora sont invités à y participer et à faire connaître le fruit de leurs recherches.
Pour l'instant outre le nom de ses parents et de ses soeurs (voir en début d'article) seul le nom de son grand père, Julien Léostic, est connu.
Compte tenu des prénoms portés par notre héros (Pierre, Eugène, Emmanuel)  et des traditions de l'époque on peut supposer qu'un Eugène Léostic où un Emmanuel Léostic figuraient dans sa parenté proche (parrain ?).

(1) http://www.chez.com/crete/N14/journal_fra14.html
Bibliographie :
- questionnaire de mémoire effectué sur Pierre Léostic par la classe de CM2 (Professeur Mr Vilain) de l'Ecole Félix Coquelle à Dunkerque-Rosendaël (voir http:// netia59a.ac-lille.fr) 
- Site parachutistes SAS de la france libre  http://lerot.org/FFLSAS
-Site http://www.freance-libre.net/forces_francaises_libres

Photographies : http://lerot.org/FFLSAS

Publié dans HISTOIRE ET MEMOIRE

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amelot 27/03/2011 11:40


bonjour,
je suis le neveu de Pierre Leostic, fils de sa soeur Yvonne
j'ai lu que vous souhaitiez completer son ascendance et peut peut etre vous aider
Herve Amelot


Portier David 24/06/2009 11:47

Bonjour,

Je me permets de vous contacter car je suis le webmaster du site FFLSAS. Je suis très content de voir que vous avez pu utiliser la photo de Pierre que j'ai trouvé il y a peu de temps. Je fais des recherches sur les SAS depuis 15 ans.
J'aimerais entrer en contact avec l'une des soeurs de Pierre afin de transmettre cette photo à la famille. Pouvez-vous donner mon adresse mail ou me contacter.

Cordialement,
David