NOEL EN BRETAGNE ENTRE HISTOIRE, TRADITIONS ET LEGENDES....

Publié le par Pierre LEAUSTIC

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 Que représente la fête de NOEL aujourd'hui ?

Si l'on s'en réfère au sondage publié dans la presse régionale (1) c'est  la  fête de la famille et des enfants pour 82 % d'entre nous et une fête religieuse pour 14 %. Il y a 4 % d'opinions diverses ou  émanant de personnes qui semblent ignorer la fête de Noël.

J'ajoute que si vous interrogez les enfants il y aura 99 % d'entre eux  qui vous diront que c'est le jour des cadeaux ! 

Quelle évolution depuis le début de notre ère ! La Bretagne n'échappe pas à cette évolution mais sa très forte identité culturelle lui a fait conserver certaines traditions alliant l'histoire et les légendes, la civilisation celte et la civilisation judéo-chrétienne...... 

 Le mot NOEL...

Noël vient du latin Natalis, natalicium (natal).
Le terme qui signifie Noël en breton est NEDELEG et la fête de Noël se dit Gouel an nedeleg.
Dans les autres langues celtiques on retrouve  nadolyg en gallois, nadelic en cornouaillais et nollaig  en gaélique écossais.

Pourquoi la date du 25 décembre...

Cette fête de Noël a été créée  au IVème siècle par le pape Jules 1er pour commémorer la date de naissance du Christ. Il fixa la date du 25 décembre.

  Il existait  avant notre ère une fête païenne  à la date du 25 décembre, la fête du dieu solaire MITHRA "Sol Invictus" (soleil invaincu"). On peut supposer que l'église catholique  a fait le choix du 25 décembre pour célébrer la fête de la Nativité  et ainsi remplacer progressivement cette fête païenne. Un théologien écrivait 320 après JC "Nous célébrons ce jour, non pour honorer le soleil comme les païens mais pour honorer le créateur du soleil".

Les celtes avaient aussi une fête le 23 décembre qui se situe entre la fin du mois du sureau (22 décembre) et la fin du mois du bouleau (24 décembre) . Ce jour "manquant" était consacré à la fête du solstice d'hiver. Le calendrier celtique rappelons-le se compose de 13 mois lunaires(2).

La crêche de Noël..

La Nativité est représentée par la crêche et la grotte de Bethléem, lieu de pélerinage depuis le 2ème siècle.
A l'origne de cette représentation de la Nativité on trouverait Saint François d'Assise qui aurait célébré une messe à minuit à Greccio en Italie devant une étable où hommes et animaux jouaient les acteurs du miracle de la nuit de Noël.

En breton  : ar c'hraou nedeleg

Le sapin de Noël...

Le" vrai sapin de Noël" se doit d'être un épicéa. Cette tradition peut trouver son origine chez les Celtes qui  dédiaient cet arbre au jour de renaissance du soleil (solstice d'hiver) et l'appelait "l'arbre de l'enfantement".

En breton : ar wezenn nedeleg (l'arbre de noël).

La Messe de Noël...

Dès le VI ème siècle il fut permis aux prêtres de célébrer 3 messes pour la fête de Noël :
- la première  est dite "de la nuit". Elle correspond aujourd'hui à celle qu'on appelle la messe de minuit"
- la seconde est dite "de  l'aurore" (la basse messe )
- la troisième est dite "du jour" (la "grand" messe)

La Messe de minuit est appelée en breton "Offern ar pelgent" ("la messe d'avant l'aube").
Elle était suivie avec assiduité en Bretagne et continue d'ailleurs de l'être car la tradition demeure bien souvent quelle que soit sa croyance religieuse.

Aller à la messe pour nos ancêtres cela voulait dire faire plusieurs kilomètres à pied, de nuit, par tous les temps sur des chemins boueux... tout en chantant des cantiques de Noël....
Avant de partir la famille partageait une collation de crêpes et allumait la bûche (voir ci-dessous)...
En arrivant à l'Eglise illuminée par les cierges, la famille dépose son offrande au pied de la crêche : un gateau, du beurre, des oeufs, un panier d'osier, parfois un peu d'argent...

Ceux qui restaient  pour garder la maison et les animaux étaient chargés de disposer des couronnes de paille dans les champs autour de leurs pommiers pour s'assurer une belle récolte....
On ne touchait jamais au gui réputé magique et sacré... Rappelons à ce sujet que le 23 décembre, jour du solstice d'hiver était aussi chez les Celtes  le" jour de la pierre brute", le jour où on cueillait rituellement le gui avec une faucille d'or...

Le Père Noël ...

A l'époque où la pratique religieuse était très présente en Bretagne celui dont on espérait plein de bonnes choses était appelé Ar Mabig Jezuz (L'enfant Jésus) ;
Aujourd'hui le père Noël en Bretagne s'appelle Tad-kozh an nedeleg soit littéralement "le grand-père Noël"

Les cadeaux de Noël.....

Les plus anciens d'entre nous se souviennent que leurs cadeaux  (ar profou) de Noël se limitaient  souvent à un sucre d'orge ou un "petit jésus" en sucre ou encore une belle pomme rouge bien lustrée ! Les bonnes années les parents y ajoutaient une orange.
Les enfants trouvaient leurs cadeaux dans leurs sabots le matin du 25 décembre.. à condition qu'ils soient bien propres. Inutile de vous dire que jamais sabots n'ont été aussi bien astiqués que le 24 décembre au soir !

Les temps ont changé et avec l'élévation du niveau de vie, la plupart  des enfants (mais pas tous hélas !) croulent sous les cadeaux... les enfants sont-ils plus heureux ? On espère que oui....

Le réveillon...

en breton le réveillon se traduit par fiskoan, mot qui est la contraction de fest (fête) et de koan (souper)
Au retour de la messe la famille réveillonne avec un repas légèrement amélioré... soupe au pain,, kig ha farz....
On n'oubliait pas les animaux... qui avaient droit à une ration supplémentaire....

La bûche de Noël....

Si vous posez aujourd'hui la question  autour de vous de ce que représente la bûche de Noël il y a fort à parier qu'on vous réponde sous l'angle gastronomique et qu'on évoque la bûche glacée ou non de nos pâtissiers....
La bûche de Noël est un énorme bois de chêne, hêtre, orme, arbre fruitier.... un bois dur à combustion lente.
Appelée Kef nedeleg, skod an nedeleg, an etev nedeleg ou encore  tos an nedeleg, la bûche était aspergée d'eau  bénite et de sel avant d'être brûlée. La combustion pouvait durer plusieurs jours mais devait surtout chauffer la veillée de Noël après la messe.... 
les braises  étaient recueillies car elles avaient des vertus médicinales... mais on prétendait aussi qu'elles protégeaient de la foudre, des serpents et qu'elles purifiaient l'eau de pluie. 
Les invités repartaient  parfois chez eux avec un sabot plein de braises... ce qui  leur permettait d'allumer le feu à leur retour chez eux....

Une nuit magique...

Les croyances anciennes sont particulièrement nombreuses...
Ainsi par exemple...
- Pendant que sonnent les 12 coups de minuit on entend  au loin le son des cloches des villes englouties et on peut voir des menhirs qui sortent de terre pour aller boire à la source. Ils ont laisssé à leur emplacement   un trésor  mais il faut se hâter pour s'en saisir avant leur retour !
- Au cours de cette nuit de Noël aucun esprit satanique ne peut agir ni aucune sorcière surgir, les korrigans comme l'ankou se sont éloignés...
- Pendant la messe de minuit les animaux parlent "la langue de l'homme" dans leurs étables.
- des pastorales étaient jouées dans les églises et une légende des Côtes d'Armor raconte le miracle de Sainte Brigitte, pauvre infirme sans bras, qui reçut l'enfant de Marie sur ses genoux et qui retrouva ses mains et ses bras pour langer le divin enfant en lui chantant la berceuse de Noël...

Quelques dictons (krennlavariou) de nos campagnes :

Dre forzh kanan nouel ez erru Nedeleg
A force de chanter Noël il arrive

Nedeleg ha Gouel Yann lak ar bloaz etre divrann
Noël et la saint Jean partagent l'année en deux

NEDELEG MAT D'AN HOLL !
BON NOEL A VOUS TOUS  !

Pierre Léaustic
Perig an Eostig


 Bibliographie :
Petit guide d'initiation au breton de Martial Ménard aux Editions An Here
Site internet Micarmor

(1) Le Télégramme 23 décembre 2007
(2) Mois lunaires celtiques : bouleau, sorbier, frêne, Aulne, Saule, Aubépine, Chêne, houx, noisetier, prunier, lierre, if, sureau.

 

Publié dans CULTURE

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