ROBERT LEAUSTIC : L'HUMANITAIRE COMME CREDO (1ère partie)

Publié le par Pierre LEAUSTIC

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Fils d’Etienne Léaustic (1910 – 1975) et de Marie-Yvonne Pelleau (1922 – 2007) Robert Léaustic est né au Conquet (Finistère) le 28 novembre 1945.
Ses parents originaires des communes de Plouarzel et Ploumoguer dans le pays d’Iroise exerçaient la profession d’agriculteurs.
Après une carrière religieuse Robert Léaustic préside aujourd'hui une association de solidarité internationale
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Frère Robert ou BOB comment faut-il vous appeler car tout le monde vous connaît sous le diminutif familier de BOB ?
 
Depuis mon entrée en classe de 6ème, en 1957, on m’appelle ainsi. Ce serait un peu me renier que d’en changer. C’est en quelque sorte, mon nom de religion. C’est donc bien ainsi.
 
Pouvez-vous évoquer votre jeunesse dans le monde rural du pays d’Iroise ?
 
Avec mes parents, et mes deux sœurs, Claudine et Marie-Louise, j’ai habité la ferme de Kermergant au Conquet puis celle de Kervennoc en Plougonvelin.
 
Dans les années après guerre, dans le monde rural, les enfants, participaient activement à tous les travaux de la ferme familiale. Ils étaient partie prenante de tout ce qui s’y vivait. La vie était sans doute assez rude mais simple, on n’avait guère le temps de se poser trop de questions, les attentes du quotidien tenaient lieu de réelle philosophie. Cela nous donna très tôt le goût du travail et le sens des responsabilités : chacun avait sa place dans l’activité de l’exploitation et en était conscient. Cela faisait que la vie se déroulait somme toute dans une relative sérénité. Toutes les familles étaient quasiment logées à la même enseigne. De ce fait, il existait une grande solidarité entre les gens du même village ou des villages voisins. Cela se manifestait par l’entraide pour les grands travaux ou lors des coups durs : deuil, perte d’animaux, catastrophe ; mais aussi, entre les fêtes de Noël et le mardi gras, le soir on se retrouvait les uns chez les autres pour des « veillées ». On y jouait aux cartes, on y tricotait, on rappelait les souvenirs de la guerre, le bombardement de Brest et de l’occupation allemande. Nous buvions ces récits du vécu local récent avec beaucoup d’attention. La soirée se terminait par un casse croûte : charcuterie, café gâteaux. Il en était ainsi une fois ou deux par semaine.
 
J’ai fréquenté d’abord avec mes soeurs l’école primaire St-Charles à Plouarzel, village situé à quelques kilomètres de la ferme familiale du Conquet. Ma tante et mon oncle qui habitaient ce village furent heureux de nous accueillir car ils n’avaient pas d’enfants et habitaient à proximité de l’école. Ce qui n’était pas le cas de notre domicile familial situé à quelques kilomètres de l’école du Conquet. Notre oncle étant chauffeur de taxi avait un véhicule ce qui facilitait les déplacements.

 
Comment est née votre vocation religieuse ?
 
A 12 ans, j’ai amorcé une première étape vers une approche de la vie religieuse en fréquentant les collèges du Folgoët (Finistère) puis de Pléhédel (Côtes d’Armor). J’y ai passé mon brevet en juin 1961 et c’est là que j’ai vu mon premier poste de télévision.
 
Après le collège une nouvelle étape s’ouvrait devant moi dans la réalisation de mon projet : L’entrée dans le second cycle était l’occasion pour chacun de confirmer son projet religieux ou d’y mettre fin. J’ai donc décidé de poursuivre jusqu’à l’obtention du bac. en juin 1964.
 
Le premier choix important se fit à ce moment là où, par une démarche personnelle, chacun devait signifier par écrit sa demande d’entrer dans la Congrégation des Frères de Ploërmel. Ma demande ayant été acceptée, j’ai effectué une année de noviciat sur l’île de Jersey. L’objectif de ce temps était de connaître de l’intérieur ce qu’était la spiritualité et la vie du Frère de Ploërmel. A la suite de cette année, un nouveau choix se pose : est-ce que je m’engage à vivre en religieux pour une année  ou est-ce que j’arrête là l’expérience ? Je décide de faire l’essai pour 2 fois un an. Durant les deux années qui suivent, je poursuis mes études théologiques ainsi que ma formation pédagogique car l’activité professionnelle des Frères en France est l’enseignement que je commence d’ailleurs effectivement en septembre 1967.
 
Je prononcerai mon engagement définitif en août 1972.
 
Pouvez-vous en quelques mots nous parler de cette congrégation des Frères de Ploërmel ?
 
A la suite de la Révolution française puis de l’empire, la situation de nos campagnes bretonnes était désastreuse au regard notamment de l’instruction, de l’éducation des enfants et de la jeunesse livrée à elle-même.
 
L’abbé Jean-Marie de la Mennais (le propre frère de Félicité écrivain célèbre du XIXème siècle) entreprit de remédier à cet état de fait. Il s’entoura de quelques jeunes gens que les curés des paroisses lui confièrent et il les forma pour devenir instituteurs des campagnes bretonnes.
 
Ainsi naquit la congrégation des Frères de Ploërmel. Elle se développa rapidement de proche en proche jusqu’à couvrir l’ensemble de la Bretagne.
 
Le gouvernement de Louis XVIII s’intéressa à cette expérience et demanda au fondateur d’envoyer ses frères dans les « colonies » en vue de préparer la libération des esclaves dans les Antilles en particulier. Ce fut le point de départ du développement de la congrégation dans différents pays : Antilles, Afrique, Moyen-Orient.
Voici 25 ans, le fait de s’implanter au Nord Togo, zone abandonnée et déshéritée de ce pays procède de la même logique. Depuis, des frères sont installés en Indonésie et prochainement, la province d’Ouganda va ouvrir sa propre mission au Soudan.
 
Les Frères de Ploërmel sont aujourd’hui un petit millier et se trouvent dans 25 pays à travers tous les continents.
 
Quel a été votre parcours d’enseignant ? ?
 
J’ai débuté ma carrière d’enseignant à l’école primaire St-Blaise à Douarnenez durant 3 ans en classe de CM 2. J’y ai découvert le tempérament douarneniste fait d’une certaine décontraction, du sens de la fête et de la convivialité mais où il fallait s’imposer pour pouvoir assurer son travail correctement.
 
Puis vint le temps du service militaire que je pouvais à l’époque commuer en coopération technique dans un pays du « Tiers-Monde ». J’y ai effectué les 2 années réglementaires puis j’y suis resté 4 années supplémentaires. Cela m’a valu de pouvoir partir pour la République d’Haïti dans les Antilles où j’ai connu la fin de la dictature du Docteur François Duvalier puis l’avènement de son fils « Baby Doc ». Mais surtout, j’ai pu toucher du doigt la misère d’un peuple maintenu dans l’ignorance, opprimé et exploité par ses propres dirigeants dont l’incurie n’avait souvent d’égale que la cupidité. Et malgré cela, ce peuple est admirable de gentillesse, de sens de l’hospitalité, d’une inaltérable joie de vivre et d’une capacité d’endurance extraordinaire. J’ai donc enseigné à de jeunes Haïtiens de 12 à 14 ans durant toutes ces années en travaillant d’ailleurs avec les services de la mission culturelle et de l’ambassade de France à Port au Prince. J’ai aussi été sensibilisé à la pauvreté des moyens dans le travail d’enseignement et d’éducation. Tout cela a contribué à me donner une autre vision du métier.
 
A mon retour en France, cette expérience m’a poussé à faire un choix d’enseignement auprès d’enfants d’abord, puis d’adolescents présentant des difficultés intellectuelles importantes dans le cadre de l’enseignement spécialisé. J’ai d’abord exercé auprès d’enfants à St-Pol de Léon pendant 5 ans puis à Quimper avec des adolescents pendant 12 ans. Expérience riche pour soi dans l’exercice de la patience, du dialogue, de l’écoute. La découverte de la valeur éducative de l’humour a été capitale durant ces années parfois il est vrai éprouvantes. Mais aussi quelle joie de voir un jeune s’ouvrir à une intégration professionnelle progressive et de les voir revenir plus tard, une compagne ou un compagnon à leur bras.
 
J’ai exercé durant mes 12 dernières années professionnelles de nouveau à Douarnenez, mais en collège toujours auprès de jeunes en difficulté scolaire. Après 40 années d’exercice, je viens de prendre ma retraite professionnelle. J’ai donc dû quitter ces jeunes toujours un peu « spé » dans leur approche des études mais combien passionnants quand on peut prendre le temps de s’intéresser à eux et de faire un bout de chemin en leur compagnie.
 
Mon statut actuel de jeune retraité me permet aujourd’hui de continuer à évoluer dans le monde scolaire. Trois jours par semaine, j’apporte en effet bénévolement une aide méthodologique individualisée à des élèves allant de la grande section de maternelle aux classes de CAP en lycée professionnel.
 
Comment vous situez-vous dans la généalogie des « Léaustic » ?
 
Robert Léaustic (1945)
Etienne Léaustic (1910-1975) - Marie Yvonne Pelleau (1922-2007)
Claude Marie Léaustic (1876-… ?….) - Claudine Le Hir (… ?…………)
Pierre Eugène(1840-1891) - Marie Françoise Quellec (1845-1909)
Claude Léaustic(1795-1866) -Marguerite Lannuzel (1798-1852)
Jean François Léaustic(1766 -1812)-Marie Josephe Le Bihan (1769-1829)
François Léaustic(1728-1797) - Marie Marguerite Jézéquel (1798- ?)
François Léaustic (1699-1778) - Magdeleine Mazé (1704-1775)
Yves ou Yvon Léaustic (vers 1650-1703) - Barbe Jégou (1655-1727)
Christophe Léaustic (1624-1699) - Marie Le Gélébart (1628-1683)
 
 
SUITE DANS UNE DEUXIEME PARTIE

Publié dans SOCIAL ET HUMANITAIRE

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