ILDUT MOYOT DEPUTE ET MAIRE DE LANILDUT, FILS D'ANNE GABRIELLE LEOSTIC

Publié le par Pierre LEAUSTIC

ILDUT MOYOT (1749 -1813)
-        PREMIER DEPUTE DE BREST
-        MAIRE DE LANILDUT
 
Ildut Moyot est né le 9 Août 1749 à Lanildut dans le Finistère au lieu dit RuMorvan. Il est le fils d’Anne Gabrielle Léostic née le 30 janvier 1713 au manoir de Langalla en Plouarzel (décédée le 20 septembre 1772 à Lanildut) et de Tanguy Moyot (1706-1784).
Anne Gabrielle et Tanguy se sont mariés le 16 juillet 1731 à Plouarzel et se sont installés à Lanildut en tant que négociants et armateurs.
9 enfants dont ILDUT naquirent de cette union. En observant les prénoms des enfants on constate que 5 d’entre eux portent  Gabriel(le) ou Anne dans leurs prénoms ce qui laisse supposer une forte personnalité de la maman Anne Gabrielle !

Ildut est d’abord marin et embarque dès l’âge de 13 ans sur les barques que possédaient ses parents et son oncle à Lanildut à l’embouchure de l’Aber Ildut.
Il se marie le 13 septembre 1774 avec Marie Gabrielle (encore une Gabrielle !) Riouellen et le nouveau couple s’installe à Lanildut.
Comme ses parents Ildut exerce la profession d’armateur, capitaine marchand et cultivateur..

C’est en 1789 que sa « carrière politique » débute avec les Etats généraux.

Rappelons que les Etats généraux sont convoqués par le roi Louis XVI à Versailles le 5 mai 1789. Les Etats généraux avaient été convoqués en principe pour régler les problèmes financiers que connaissait le pays. Mais dès la campagne électorale il apparut que les doléances portées par les 3 ordres (clergé, noblesse, Tiers Etat) allaient bien au-delà de la question des finances publiques ; ils préconisaient des réformes profondes et notamment l’élaboration d’une constitution qui encadrerait les pouvoirs du Roi, l’égalité devant l’impôt, le contrôle des ministres etc.
 
C’est le 2 avril 1789  que les électeurs de Lanildut âgés de plus de 25 ans et inscrits sur le rôle des impositions se réunissent pour rédiger le "cahier des souhaits et doléances des habitants de la paroisse de Lanildut en Basse Bretagne" (Evéché du Léon , ressort de Brest )
Ildut Moyot est délégué pour présenter ce cahier à l’assemblée générale du Tiers Etat de la sénéchaussée de Brest qui se tient les 7 et 8 avril.
Cette Assemblée générale dresse le cahier des doléances de la Sénéchaussée qui est en fait la synthèse des cahiers présentés par les paroisses rurales et du cahier commun du Tiers Etat de la ville de Brest .

Et voilà notre Ildut  élu le 8 avril 1789 comme député représentant du Tiers Etat de la sénéchaussée de Brest ! Il exercera son mandat jusqu’en 1791.
Il siège en compagnie de :
- 291 députés du clergé
- 270 députés de la noblesse
- 584 députés du Tiers Etat
Au cours de son mandat, Ildut :
- Signe le serment du jeu de Paume le 20 juin 1789. Rappelons que ce jour en compagnie de quelques députés de la noblesse et du clergé qui les ont rejoints dans la salle du jeu de paume, les députés du Tiers Etat font à la quasi-unanimité serment de ne pas se séparer jusqu’à qu’ils aient donné une Constitution au royaume
- Intervient une seule fois en faveur des ouvriers et employés des parcs et arsenaux militaires le 16 août 1790.
- Est supposé avoir voté pour le sacrifice des colonies.
- Est membre du club des Jacobins. Il passe aux Feuillants en Juillet 1791 mais revient aux Jacobins en septembre 1791
 
   Ildut ne se distingue pas comme un révolutionnaire « pur et dur » c’est le moins qu’on puisse dire car voici ce qu’on dit de lui dans Histoire de Brest (1) :
« Homme probe mais d’une telle simplicité qu’on peut mettre en doute qu’il ait toujours compris les problèmes administratifs qu’il devait concourir à résoudre »
 A sa décharge on doit dire que parlant le breton et élevé dans la culture et les traditions bretonnes, les principes révolutionnaires de l’époque comme les arcanes administratives devaient souvent lui être incompréhensibles.
C’était aussi sans doute le cas de l’autre député de Brest Monsieur Le gendre (pourtant avocat de parlement). Le rédacteur de l’Almanach des députés pour 1790 porte sur nos deux députés une appréciation peu flatteuse en écrivant « Nous ne perdons rien pour les passer sous silence et eux gagnent plus qu’ils n’y perdent » !!!
Pour ce qui concerne Ildut c’est sa très grande probité qui a séduit les électeurs. Ils lui portaient manifestement une très grande confiance et estimaient qu’un homme intègre et honnête qui en outre parlait leur langue ne pouvait pas les trahir.
 
A l’expiration de son mandat Ildut revient dans sa commune mais n’abandonne pas la politique.
Elu juge de paix le 20 décembre 1790 à Ploudalmézeau puis dans le canton de Brélès (commune dont le maire s’appelait …François Léaustic (2) il devient aussi en fin 1793 administrateur du conseil général du district de Brest… dont le rôle principal était de rechercher les prêtres réfractaires et les émigrés !
Il afficha dans cette fonction peu de zèle et beaucoup de modération. Il fut néanmoins obligé compte tenu de ses fonctions de participer à quelques actions « républicaines » et de régler quelques délicates affaires locales dans le pays d’Iroise.
Le 12 mai 1803 il devint maire de Lanildut et le resta jusqu’à sa mort le 17 avril  1813. Il succéda à Monsieur Gabriel (décidément ce prénom poursuit notre Ildut !) Thomas .

Pendant sa « carrière politique » c’est sa femme Marie Gabrielle qui géra effectivement les affaires du négoce familial et le métier d’armateur. Elle aussi devait être dotée d’une forte personnalité. Mais finalement n’est-ce pas le cas de toutes les femmes bretonnes dans le cadre d’un matriarcat hérité des traditions celtes ?
Au 18ème siècle le port de Lanildut est avec les ports du Conquet et d’Argenton l’un des premiers ports du Léon loin devant Brest. En 1755 Lanildut comptait 40 navires de commerce contre seulement 14 à Brest. Le commerce de Lanildut axé sur le cabotage portait essentiellement sur le transport de la pierre de granite de l’Aber Ildut et sur le vin de Bordeaux.
(1)Auteur LEVOT
(2) Etaient-ils cousins ?

Bibliographie : 
-Histoire de Lanildut par Jean Guivarch

-Centre d'histoire de l'université Rennes 1- Les députés bretons et d'origine bretonne aux Etats généraux de 1789 et à l'assemblée nationale constituante.
H-E LEMAY - Dictionnaire des constituants -1991

Publié dans FONCTIONS ELECTIVES

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