A PROPOS DU PRENOM TANGI (TANGUI, TANGUY)....

Publié le par Pierre LEAUSTIC

l'abbaye de la pointe Saint Mathieu fondée par saint Tangi ( Tangui, Tanguy) avec en arrière plan le phare et à droite le sémaphore.




Depuis des siècles les générations des Léaustic-Léostic-Lestic comportent de nombreux Tangi, Tangui, Tanguy et aujourd'hui encore on trouve ce prénom dans la diaspora.

Le prénom Tangi (Tangui, Tanguy) a acquis une certaine notoriété dans les années 1950/1970 avec la célèbre bande dessinée du magazine Pilote « Tanguy et Laverdure » (les aventures de deux sympathiques aviateurs) et plus récemment avec le film " Tanguy"  (l'histoire d'un jeune adulte qui s'incruste au domicile de ses parents).

 

ORIGINE...

L'origine de ce prénom correspond à celui d'un saint breton ;

La plupart des saints bretons ont vécu au cinquième ou sixième siècle à l'époque de la grande émigration des Celtes de Grande Bretagne en Armorique. Des Gallois et des corniques (habitants de pays de Galles et la Cornouaille britannique ou Cornwall) sont arrivés en Bretagne dans des « auges » de pierre comme le dit la légende (en fait des barques fabriquées avec des peaux d'animaux tendues par des lattes de bois et lestées par des pierres). C'est la raison pour laquelle de nombreux saints bretons sont nés en pays de Galles, en Cornwall et parfois en Irlande.

Notre Saint Tangi est sans doute une exception puisqu'il est un  "produit"  du Pays d'Iroise.

Nous avons demandé à Rémy Le Martret (fidèle abonné du blog !), historien de la langue bretonne, amoureux du patrimoine du pays d'Iroise et notamment de la pointe saint Mathieu, de nous conter la légende de saint Tangi (ou Tangui ou Tanguy).

LEGENDE....

« si le conte est initiatique, la légende a fond de vérité » - Gaël MILIN - U.B.O. - 2000 -).

Nous sommes en l'an de grâce 525, Galonus est le seigneur de Trémazan, château dont la vieille tour romantique se dresse encore à Kersaint, dans la commune de Landunvez en Pays d'iroise. Il a épousé en premières noces, Florence fille d'Honorius prince de Brest, laquelle lui a donné deux beaux enfants, Haude et Gurguy mais Florence est décédée et Galonus remarié avec une anglaise qui, si elle est riche et de bonne famille, n'en n'est pas moins hérétique. Elle réussit à éloigner Gurguy du domicile familial qu'il quitte pour passer une douzaine d'années de jeunesse à la cour du roi Childebert.
Haude n'a pas cette possibilité et souffre en silence. des mauvais traitements de sa belle mère d'autant plus excédée que Haude est une belle jeune fille accomplie et parfaitement docile ne rechignant point à accomplir les tâches les plus ingrates. La marâtre acariâtre empêche Haude de pratiquer sa religion ou de faire l'aumône. Elle met aussi obstacle à la demande en mariage faite par plusieurs seigneurs des environs. Son père, trop faible ne résiste point à la persécutrice... et celle-ci envoie Haude dans une ferme des environs.
Elle y est depuis deux ans lorsque Gurguy revient chez son père. Il cherche évidemment à savoir où est sa sœur. Discrètement la méchante femme lui décrit sa sœur comme une fille perdue et qui, manquant à ses devoirs, avait été éloignée, contraints qu'ils avaient été de l'envoyer aux champs.
Gurguy court à la ferme indiquée et trouve sa sœur occupée à laver du linge. Ne reconnaissant pas son frère dans le fier chevalier inconnu qui la hèle, par précaution, par modestie, elle s'enfuit. Pour Gurguy c'est la preuve de sa culpabilité. Il la poursuit. Il la rejoint. Brandissant son épée, d'un geste irréparable, il lui tranche la tête. Les témoins impuissants ne peuvent que l'informer des calomnies malveillantes de la belle-mère. Se rendant compte alors de son erreur, accablé de douleur, il rentre au château. Peu après Haude arrive à son tour tenant dans ses mains, sa tête «laquelle ayant posée sur son col, se réunit à son tronc, merveille qui estonna toute l'assistance ».
Haude se tourne vers sa persécutrice, lui reproche son attitude et lui demande de s'amender. Devant son refus elle lui annonce le châtiment de Dieu. La prédiction s'accomplit aussitôt. La marâtre est saisie de terribles maux de ventre, elle rend tous ses intestins qu'elle foule aux pieds et tombe. Un éclair la foudroie alors. Gurguy implore le pardon de sa sœur en se jetant à ses pieds. Elle le lui accorde juste avant de mourir. Nous sommes le 18 novembre 545.

Gurguy s'en va alors trouver Saint Paul Aurélien évêque fondateur de l'évêché de Léon qui lui impose une pénitence de 40 jours. Il se retire dans la forêt proche de Landerneau où il passe le temps prescrit dans les prières, les veilles et les larmes ne se nourrissant que de ce qui est à portée de sa main, racines et fruits sauvages, mais le dernier jour, une corneille lui apporte un beau pain blanc. Gurguy s'en retourne auprès de Saint Paul. Lorsqu'il se présente, sa tête est entourée d'un globe de feu, miracle qui détermine Saint Paul à changer le nom de Gurguy en Tanguy,  "tan" voulant dire feu, ardent (« guy » ou plutôt « ki » se traduisant par chien mais en l'occurrence guerrier). Tanguy lui demande à être admis parmi les moines du monastère que Saint Paul a fondé en l'île de Batz. Il y mène une vie si exemplaire que lorsque Saint Paul fonde le monastère de Gwerber, proche de Morlaix, il en donne la direction à Tanguy.
Ayant appris la proche fin de son père, il lui rend visite pour le préparer à bien mourir. Heureux de cette visite le brave homme fait don à son fils de plusieurs terres et, en particulier, d'une vaste étendue, du cap de Pen ar Bed jusqu'à la rivière de Brest.
Peu après, des marins léonards s'aventurent jusqu'en Egypte. Là, ils ont connaissance du tombeau de l'apôtre Mathieu. Ils s'approprient les restes du saint et les emportent avec eux. Ils sont pris dans une grosse tempête à l'approche du cap et sont jetés à la côte. Pensant être perdus, ils implorent miséricorde et alors qu'ils vont être projetés sur un rocher celui-ci s'ouvre en deux, donnant le passage vers un espace plus calme. Ils mettent à terre leur précieux trésor et en mémoire de ce miracle le lieu est appelé Loc-Mazhé-Traoun : le Val de l'Ermitage de Mathieu. Saint Tanguy auquel cette terre appartient décide, avec l'assentiment de saint Paul, d'y construire un monastère. Toutefois l'endroit étant particulièrement exposé aux fureurs de l'océan, il est décidé de construire les bâtiments beaucoup plus en retrait. C'est alors que Dieu intervient une fois de plus car ce qui est construit en ce nouvel endroit se retrouve le lendemain au plus près de la mer. Les hommes acceptent la loi de Dieu et bâtissent en peu de temps l'église que saint Paul vient bénir, nommant Saint Tanguy pour abbé. Celui-ci fait venir huit religieux de Gwerber auxquels se joignent un grand nombre de disciples.
Plus tard, Saint Tanguy voulant rendre visite à son seigneur et maître, le rencontre en la paroisse du Drenec, en une maison noble. S'étant mis en oraison, ils entendent un chœur mélodieux de voix angéliques en même temps qu'un ange leur apparaît. Il leur donne avis que dans peu de temps ils auront à quitter cette vallée de larmes. Les deux saints se réjouissent de cette bonne nouvelle. Cette maison noble est depuis nommée en souvenir de cette histoire merveilleuse : Coet-Elez, le bois des anges.
Ils prennent congé l'un de l'autre, Saint Tanguy rejoignant le monastère de Gwerber où malgré la joie des moines à le revoir il leur annonce son prochain et définitif départ.
Dès le lendemain il tombe malade, règle ses affaires, bénit ses moines et rend son âme à Dieu le 12 mars l'an de grâce 594, le même jour que Saint Paul. Son corps est porté ici à Saint Mathieu où il est enterré dans le cimetière. Bien que le vent soufflait fort du Nord, jamais aucune torche accompagnant le linceul ne s'éteignit.
Saint Tanguy est très honoré en Bretagne, le pèlerinage de Saint Mathieu est devenu l'un des plus célèbres du duché aux neufs évêchés.

Il faut bien avouer, malgré toute la vénération que l'on doit à Saint Tanguy que l'histoire des historiens apporte quelques contradictions à cette merveilleuse légende.... »

Après cette belle légende brillamment contée par Rémy Le Martret revenons au prénom TANGI.

ETYMOLOGIE DU PRENOM TANGI

... qui, peut s'écrire aussi Tangui ou Tanguy (forme francisée) . Le diminutif est Tangou.
Rappelons qu'étymologiquement le prénom Tangi se décompose en Tan (feu ardent) et Ki (chien/guerrier). Le sens probable de Tangi est « ardent comme un chien au combat » .

En vieux breton on trouve plusieurs orthographes attestées de ce prénom
Tanchi (859) Tanki 870) Tanghi (1050) Tangi (1086) Tangui 1092) Tanguy (1262)
On trouve aussi une variante graphique Thanghy

En cornique : Tangye de Tangy (fire-dog) attesté depuis 1606.

DES LIEUX...

57 lieux en Bretagne (Kertanguy, Kerdanguy... )ont un composant Tangi, Tangui ou Tanguy. Citons notamment la tour musée « La tour Tanguy » près du pont de recouvrance à Brest.

L'histoire du château de Trémazan en Landunvez où serait né Tangi est liée à celle d'une famille,  les seigneurs du Chastel, qui s'éteint à la fin du 15 ème siècle faute d'héritiers mâles. Les seigneurs du Chastel ont souvent porté le nom de Tanguy.
Cette famille construisit le château et en fit sa principale demeure pendant plusieurs siècles.
Les seigneurs du Chastel ont fondé près de leur château une belle chapelle en l'honneur de St Tanguy et de Ste Haude (Eodez en breton). C'est la chapelle de Ker-Seant (Kersaint aujourd'hui) qui veut dire en français le village aux saints

DES PERSONNAGES...

Parmi les personnages qui ont porté le prénom de Tangi, Tangui ou Tanguy l'auteur de pièces de théâtre à caractère poétique, Tanguy Malmanche (1875-1953)... qui a rendu hommage à son prénom « Je ne dis pas que, parce que je m'appelle Tanguy, j'ai composé des drames bretons ; je dis seulement que je n'aurais pas eu le courage de les écrire si je m'étais appelé Célestin. »

Citons également Tanneguy du Chastel né en 1368 qui devint prévôt de Paris et qu'on soupçonne d'avoir participé à l'assassinat du duc de Bourgogne Jean sans peur en 1419 !

DES NOMS...

Le prénom Tangi, Tangui, Tanguy s'est souvent transformé en nom de famille Tanguy. Ce patronyme est répandu dans le Finistère Parmi les personnages qui  ont porté ce nom citons Yves Tanguy (1900-1955) peintre surréaliste français naturalisé américain.

DES ŒUVRES...

« Tanguy » le livre de Michel del castillo
« Tanguy » le film d'Etienne Chatiliez

DES DICTONS...

Des dictons se rattachent à la saint Tangi qui se fête le 27 novembre ou le 19 novembre selon les calendriers !!! Il semblerait que Tangi se fête le 27 novembre et Tanguy le 19 novembre !

« A la saint Tangi, jamais vent ne languit »
« A la saint Tangi le temps est toujours gris »


Bibliographie :

- Albert Le Grand - bénédictin du 17ème siècle « Les vies des saints de la Bretagne Armorique »
- Prénoms bretons, Gwennole Le Menn, Coop Breizh 1990
- Site internet « http://tremazan.lepla.com/Legendre.html : la légende de Tremazan
- Dictionnaire des noms de famille bretons par Albert Deshayes aux Editions Le chasse- marée- Armen

Photographie :

L'abbaye de la pointe saint Mathieu : Jean Jacques Tréguer de l'association Aux Marins (www.auxmarins.com)

 

Publié dans HISTOIRE ET MEMOIRE

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