ANNE, LA GRAND MERE DES BRETONS

Publié le par Pierre LEAUSTIC

 

 

On vient de fêter Sainte Anne le 26 juillet. Ce prénom est très courant dans les généalogies de notre diaspora que ce soit sous la forme bretonne Anna, sous la forme francisée Anne, sous les formes dérivées Annie, Annick, Annaig, Annette... ou encore dans des prénoms composés généralement avec Marie : Anne-marie, Marie-Anne, Anne-Gabrielle, Anne-Yvonne...

Anne est la sainte patronne des bretons et elle bénéficie à ce titre d’une véritable vénération en Bretagne.

Elle est surnommée « Mamm Gozh ar Vretoned » c’est-à-dire la grand-mère des bretons .

Cette vénération se traduit notamment par des pardons annuels qui rassemblent dans une ferveur incomparable des milliers de bretons à Sainte Anne d’Auray (30 000 le 26 juillet 2008 et 3ème lieu de pélerinage en France après Lourdes et Lisieux avec ses 800 000 pélerins par an) et à Saine Anne la Palud.

 

Et quand les bretons ne peuvent « fêter » Sainte Anne à « domicile » ils exportent leur pardon dans les lieux où ils ont émigré comme à Papenoo à Tahiti par exemple.

 

Sainte Anne apprenant la lecture à sa fille Marie

De nombreuses églises et chapelles sont dédiées à Sainte Anne et quand ce n'est pas le cas il y a généralement au moins une statue ou un vitrail pour célébrer les mérites de Sainte Anne

Cette vénération se traduit aussi dans les célèbres cantiques bretons . Voici le refrain d’un cantique particulièrement connu :

 

Saint Anne, ô bonne mère

Toi que nous implorons

Entends notre prière

Et bénis tes bretons


 
Et un couplet…

 

Soutiens dans la tourmente

Les pauvres matelots

Sauve la barque errante

De la fureur des flots

 

Pourquoi cet amour « immodéré » des bretons pour Sainte Anne ?

 

Cette question a toujours intrigué les chercheurs et les historiens.

 

Si vous interrogez les personnes de votre environnement vous vous apercevrez que les  réponses divergent entre légendes et croyances. Chacun détient sa vérité... et la soutient avec beaucoup de conviction ! C’est un sujet particulièrement sensible !

 

Parmi les réponses que vous enregistrerez trois interprétations se dégagent….

 

1-     Anne est bretonne

 

Anatole le Braz dans son ouvrage « Magies de la Bretagne » raconte la légende suivante :

Anne serait née à Plonévez-Porzay dans le Finistère. Elle se marie  avec un seigneur cruel et jaloux qui lui interdit d’avoir des enfants. Lorsqu’elle devient enceinte il la chasse du château de Moellien.

Elle accouche d’une fille appelée Marie.

Son errance avec Marie la conduit à la plage de Tréfuntec où l’attend un ange près d’une barque. Cet ange la conduit en Judée, où Marie se marie avec Joseph et devient la mère du Christ.
Anne revient en Bretagne pour y finir sa vie. Le Christ serait venu lui rendre visite avec ses disciples Pierre et Jean…. Son corps aurait disparu mais des pêcheurs auraient retrouvé une statue à son effigie en baie de Douarnenez.

 

D’autres prétendent qu’Anne est la mère de saint Samson, évèque de Dol au 6ème siècle, un des sept saints fondateurs de la Bretagne.
Car la mère d’un saint ne peut être que sainte elle-même n’est-ce-pas ? En matière de saints en Bretagne il a existé au début de notre ère une certaine tendance inflationniste…

 

Enfin vous trouverez des personnes qui en toute bonne foi vous soutiendront que Sainte Anne était notre célèbre duchesse Anne(1477-1514)…Ceci traduit sans aucun doute la réelle affection que les bretons ont toujours porté à  Anne de Bretagne dont la popularité est restée intacte au fil des siècles dans l’imaginaire collectif breton…

Il est vrai que le destin de cette duchesse  qui a épousé trois rois dont deux rois de France est étroitement lié à l’histoire du rattachement de la Bretagne au Royaume de France (conclu en 1532 par sa fille Claude) .

 

2-     Anne est palestinienne

 

C’est l’opinion la plus répandue.

Il s’agit d’Hannah qui en hébreu signifie « grâce, « gracieuse » et qui serait le nom de la mère de la Vierge Marie.

Aucun texte du Nouveau testament ne mentionne le nom d’Anne.

C’est au deuxième siècle après Jésus-Christ qu’apparaît pour la première fois dans un évangile dit apocryphe dont le Protoévangile de Jacques, l’histoire d’Anne et de Joachim les parents de la mère du Christ.

Bien que ces évangiles ne soient pas reconnus par le droit canon l’Eglise emprunte l’épisode de la présentation  de Marie au Temple et officialise l’existence d’Anne sa mère.

Les circonstances de sa maternité tardive sont empruntées à l’ancien testament et à l’histoire d’Anne la mère de Samuel .

Le culte d’Anne la palestinienne se répand en Syrie et dans l’église d’Orient. Elle est honorée en Orient dès le 5ème siècle. En Occident la dévotion à Sainte Anne s’est développée à l’époque des croisades.

Son culte est reconnu par le pape Urbain VI en 1382. Sa fête sera supprimée par Pie V puis rétablie par Grégoire XIII puis réduite au rite de 2ème classe par Léon XIII. Enfin Paul VI fusionne la fête de sainte Anne avec les deux fêtes de Saint Joachim…

Les voyageurs  prennent connaissance vers le 4ème siècle de l’histoire d’Anne et importent ce culte en Europe.
C’est ainsi qu’au 7ème siècle des livres irlandais reprennent les écrits des évangiles apocryphes et donc l’histoire d’Anne. Et c’est aussi ’à cette époque que les saints irlandais vinrent évangéliser la péninsule armoricaine. On peut donc supposer que la dévotion des bretons à Anne, la palestinienne, date de cette époque.

 

La Sainte Anne trinitaire de Léonard de Vinci 



3-
      ANA est une déesse celte     

 

 

Ana est une déesse celte (Deva Ana), la déesse mère de tous les dieux dans la mythologie celtique. Elle est la mère de Bena la femme primordiale épouse de l’humanité

Elle était honorée dans les pays celtes bien avant la christianisation.

Comme dans beaucoup d’autres domaines culturels la religion celtique et la religion catholique se sont superposées.

 Le prêtre finistérien Job An Irien (Saint Anne et les bretons) est convaincu que la rencontre du personnage d’Anne la grand-mère de Marie avec  le mythe celtique d’Ana la déesse celtique a certainement joué dans cette dévotion ancestrale des bretons  à Sainte Anne... D’autant plus que les évangélisateurs de la Bretagne armoricaine ont occupé les lieux de culte gallo-romains consacrés à la déesse mère ANA.

Et bien plus tard le 25 juillet 1624 une coïncidence étonnante : Yves Nicolazic à qui Sainte Anne est apparue au village de Keranna en Plunéret à proximité  d’Auray… un site où ont été  trouvé des statues de l’époque  gallo-romaine…   

 

Jean  Markalé dans son excellent ouvrage « Sites et sanctuaires des celtes »  explique la dévotion  des bretons à  Sainte Anne comme le « culte de la grand-mère ».

ANA ( ANU en vieil irlandais) signifie « vieille femme » et la divinité primordiale est une vieille femme dans la mythologie celtique.

 

Et Jean Markale de conclure :


« Les bretons savent que leur protectrice et leur mère ne peut être que Sainte Anne.
Par-delà le temps et l’espace, par-delà les vicissitudes des religions, la croyance en la mère divine s’est maintenue. Elle prend ici le visage de cette bonne grand-mère, celle que chacun a en soi dans son jardin secret et c’est cela qui est émouvant ».

 

 

 

 

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