LE MICROCLIMAT DU PAYS D'IROISE, TERRE DE NOS ANCETRES (SUITE)

Publié le par Pierre LEAUSTIC

PARLER DU TEMPS QU'IL FAIT EN PAYS D'IROISE

Comme partout ailleurs dans le monde, parler du temps qu'il fait (an amzer en breton) est un excellent moyen d'entamer la conversation en Pays d'Iroise.
Voici quelques formules bretonnes (1) faciles à retenir et que vous pouvez faire précéder de Deiz mad deoc'h (Bonjour à vous)

Brao an amzer hicho
Il fait beau aujourd'hui

Tomm zo an amzer
Il fait chaud

Yen zo an amzer
Il fait froid

Petra a rei an amzer?
Que va donner le temps?

Glao zo ganti hicho
Il va pleuvoir aujourd'hui

Et une expression imagée...

Gwisker en deus sant erwan e vragou glas
Saint Yves a mis ses pantalons bleus (Il fait beau temps)

Parler du temps avec les « Iroisiens » réclame beaucoup de prudence, surtout si les conditions climatiques sont maussades : il faut savoir décoder et être persuadé que dans ce domaine le dernier mot appartient toujours à l'autochtone !

Voici quelques observations à l'attention de nos amis visiteurs... et à l'attention des membres de la diaspora des  "Léaustic-Léostic-lestic" qui viendraient découvrir la terre de leurs ancêtres !

Pluie, crachin ou bruine ?

Observez, écoutez, entendez : le mot pluie (glao) est rarement utilisé en pays d'Iroise...
Par superstition sans doute, ce mot est souvent banni du vocabulaire, à l'instar du mot lapin à bord des bateaux(2).
Tout au plus vous entendrez dire qu'il « pleuviotte » même sous une pluie battante (glao dour-bil) : ici on n'a pas peur des éléments naturels et on sait les affronter !

Si quelques gouttes tombent du ciel, quelle que soit leur intensité on utilisera volontiers les formules « il crachine » ou « il bruine » (glao-koukouk) car en pays d'Iroise les experts ne manquent pas pour différencier le crachin (pluie fine et serrée) et la bruine (pluie très fine) ! La nuance n'est pas toujours évidente on vous le concède !

La flotte ....

Ne soyez pas étonné par l'expression imagée  "il flotte". Cela évite de « se mouiller » en matière de choix dans la nature de la précipitation....

Marin de la Flotte (marine nationale) revigoré par l'iode qui tombe...(dessin P.Péron)
L'iode qui tombe ?
On vous affirmera au Conquet que la bruine c'est de l'iode (iod) qui tombe : au siècle dernier il y avait une usine pour traiter les pains de soude résultant du brûlage du goémon (bizin) dans les îles de l'archipel de Molène et sur la côte du pays d'Iroise.
A Lanildut vous aurez le droit d'humer gratuitement la récolte quotidienne des goémoniers et d'inhaler l'iode à plein poumons (Lanildut est le premier port goémonier d'Europe).

A Pors Scaff en Lampaul Plouarzel vous trouverez certainement sur la cale, un ancien gabarier pour citer les propos du poète journaliste breton Louis Le Cunff et vous affirmer que « c'est un des rares climats qui sachent réparer des ans les outrages autrefois considérés comme irréparables, qui soient en mesure de dissiper les troubles, les malaises provoqués par les grandes agglomérations urbaines ou industrielles par la pollution, le surmenage, les angoisses de toutes sortes, sociologiques, psychologiques, politiques et mêmes métaphysiques. Tout cela grâce à l'iode qui est partout dans l'air, dans la mer et dans les aliments.... ».

  Brume ou brouillard ?

De la bruine au brouillard (brumachen) et à la brume (brum) il n'y a que quelques gouttes...

C'est le mot brume qui est utilisé le plus fréquemment, on laisse le brouillard (fog) à nos voisins anglais ! L'entente cordiale a beau exister il ne faudrait pas nous confondre tout de même ! Sinon l'esprit d'Hervé de Porsmoguer (dit Le Primauguet) risque de partir à l'abordage depuis son manoir de Trézien en Plouarzel.

Météorologiquement la différence est la suivante : lorsque la visibilité horizontale est supérieure à 1 kilomètre c'est de la brume et dans le cas contraire c'est du brouillard...

Alors cher visiteur dites de préférence comme les marins qu'il brume, personne n'ira mesurer... et si un autochtone vous dit « qu'il y a de la brume aujourd'hui » alors que le ciel est parfaitement dégagé, interrogez-vous sur votre degré d'alcoolémie et votre démarche peu assurée : on veut vous dire très délicatement que vous êtes ivre....

La brume de chaleur ?

Par ailleurs lorsqu'il brume on vous soutiendra de manière péremptoire qu'il s'agit d'une «brume de chaleur» (brum-tomm)... Ne souriez pas, cette expression a son explication météorologique : la "Brume de chaleur" se produit lorsque le ciel est dégagé et les vents faibles, la température près du sol diminue plus rapidement qu'en altitude. Elle annonce en été une belle journée».
Pour admirer la dissipation d'une belle brume de chaleur, tout en dégustant une crêpe et boire une bolée de cidre rendez-vous en haut du château d'eau de Ploudalmézeau.

Vent ou « Zef »?

Si au lieu du mot vent (avel) vous dites le  "zef " alors vous serez définitivement adopté par les autochtones... Vous noterez aussi au passage que les brestois sont surnommés les petits « zefs ».

Le pays d'Iroise est soumis aux vents dominants d'Ouest-sud-Ouest. Tenez-en compte pour choisir vos « petits coins abrités ». Le choix ne manque pas en Pays d'Iroise... comme par exemple toutes ces plages situées dans le goulet de Brest, celles de Locmaria Plouzané : Tréganna, Porsmilin, Portez ou celles de Plougonvelin : Trez-Hir, Bertheaume...

Au moindre caprice d'Eole ne parlez pas de tempête, d'ouragan, de cyclone etc. Quelle que soit la force du vent il ne peut s'agir que d'une brise rafraichissante... qui prend son élan en pays d'Iroise pour devenir une tempête dans les terres en dehors de la Bretagne !

A force 7 sur l'échelle de Beaufort (3) on consentira à vous prévenir que « ça va souffler » !
Dès que vous êtes prévenu installez-vous sur la côte dans un petit coin abrité bien sûr et en toute sécurité, pour assister au spectacle grandiose, notamment à la pointe Saint Mathieu en Plougonvelin ou du côté de la chapelle saint Samson à Landunvez ou encore à la Garchine en Porspoder face au phare du Four.

Mais très rapidement vous allez acquérir l'expérience météorologique des vieux loups de mer qui sont nombreux en pays d'Iroise...
Voici par exemple la recette de l'écrivain Michel Le Bris :
« Ici nous habitons le vent. Le premier moment au réveil est de passer le nez dehors pour prendre de ses nouvelles. Si les bateaux à leurs corps-morts pointent le nez vers le large c'est bon signe, s'ils se tournent vers la terre mieux vaut reste chez soi.... »

Porspaul en Lampaul Plouarzel... les bateaux pointent le nez vers le large...

Autrement dit, vent d'est est synonyme de beau temps car il chasse les nuages vers la mer. Le vent d'Ouest est synonyme de temps variable car les nuages sont poussés vers la terre.
Et si on vous dit un jour de calme plat « Il y a du vent dans les voiles aujourd'hui » c'est que votre démarche « louvoyante » laisse supposer une consommation sans modération d'alcool !!!

Les nuages ? (koumoulenn) On vous expliquera à Trébabu en faisant référence à l'enfant du pays, Olivier de Kersauson que «les nuages en pays d'Iroise sont des émotions qui passent» !
Et de temps en temps les émotions se traduisent par des larmes... de bonheur !

Le soleil ? (Heol)
En pays d'Iroise on vous sert le soleil à la carte plusieurs fois par jour de manière modérée et supportable pour votre organisme.
Le meilleur démenti à apporter à tous ceux qui prétendent que le taux d'ensoleillement est faible en pays d'Iroise est visible et vérifiable sur le visage des autochtones: leur teint halé et bruni.
D'ailleurs vous-mêmes, amis visiteurs,  vous allez acquérir en trois jours avec l'alliance du soleil et de l'air iodé un bronzage pérenne qui vous vaudra l'admiration de votre entourage à votre retour chez vous...

En conclusion vous avez compris, chers visiteurs, qu'il faut éviter de vous plaindre de la première goutte d'eau qui vous donne un si joli teint et un visage juvénile, de la petite brise tonique qui souffle et vivifie votre corps, du soleil qui sans excès galvanise votre moral à plusieurs reprises dans la journée.
Ici en Pays d'Iroise on vous offre une thalassothérapie permanente et gratuite... qui vous permettra de vivre le reste de l'année chez vous en bonne santé !
Votre séjour mériterait c'est sûr d'être remboursé par la Sécurité sociale !

 
(1) le breton utilisé dans le présent article (traduction d'expressions et de mots) est celui que l'on parle effectivement en Pays d'Iroise. Il peut être légèrement différent du breton unifié et officiel ( voir ouvrage Gast alataô cité en bibliographie)

(2) Le lapin ne figure jamais dans le menu des marins à bord des bateaux. Le mot « lapin » est tabou et lorsqu'on l'évoque on parle de « l'animal aux grandes oreilles ». Le lapin est supposé porter malheur ou malchance. Cette superstition a pour origine l'époque de la marine à voiles où on embarquait des animaux vivants à bord dont des lapins qui grignotaient et rongeaient le bois des membrures ce qui entraînait des voies d'eau et parfois des naufrages !

(3)L'échelle de beaufort est une échelle de mesure de la vitesse du vent comportant 13 degrés (de 0 à 12 degrés). Le degré Beaufort correspond à la vitesse moyenne du vent sur une durée de 10 minutes.
A partir de Force 7 un bulletin d'alerte est adressé aux navigateurs.

SUITE ET FIN DANS UN PROCHAIN ARTICLE... Les prévisons météorologiques en pays d'Iroise...


Bibliographie
- Gast alataô Petit lexique du breton parlé à Lampaul, à Plouarzel et à Trézien de Yann RIOU aux éditions Emgleo Breiz
- Ils sont fous ces bretons !! d'Erwan Vallerie et Nono aux éditons Coop Breizh
- Ciel mon mari est muté en Bretagne de Patrick Denieul aux Editions Le Télégramme
- Vacances en Bretagne - Suivez le druide de René Pérez et Nono aux Editions Le Télégramme
- Pays et gens de Bretagne aux Editions Larousse
- Aimer la Bretagne de Louis Le Cunff aux Editions Ouest France

photographies et dessins :
- Marin sous la pluie : Dessin de Pierre Péron dans l'ouvrage  "Sur la peau de bouc (100 motifs de punitions de la vieille marine (Editions de la cité Brest)"
- Port de Porspaul : mairie de Lampaul Plouarzel

 

 

 

Commenter cet article