ECRIRE SON NOM.....

Publié le par Pierre LEAUSTIC


Beaucoup de jeunes membres de la diaspora abordent en ce début septembre leur première scolarité que ce soit en  "maternelle"  ou en cours préparatoire (CP), en France ou à l'étranger.

Leur première « victoire scolaire » sera sans aucun doute celle d'écrire leur nom .
Quelle fierté de pouvoir démontrer à leurs parents, grands parents, frères, soeurs qu'ils sont maintenant des  "grands" puisqu'ils savent écrire leur nom !

Si cette possibilité d'écrire son nom pour un enfant est importante, elle l'est encore plus pour un adulte sur le plan pratique de la vie quotidienne certes mais aussi et surtout sur le plan psychologique.
Etre classé de nos jours dans la catégorie des  "analphabètes" ou dans celle des "illettrés" (1) est un handicap très lourd à porter car aux yeux de l'opinion c'est faire partie d'une minorité culturelle déficiente intellectuelle.

A l'école, quand ils y étaient inscrits et qu'ils la fréquentaient, nos ancêtres ont été confrontés pendant des siècles à la dualité entre leur langue quotidienne, le breton, et la langue officielle le français.
Il convient de rappeler que c'est par l'ordonnance de Villers- Cotterêts en 1539 (sept ans après le rattachement de la Bretagne à la France) que le français a été imposé dans tous les actes administratifs et que ce n'est qu'en 1684 que les langues régionales furent vraiment interdites dans les actes administratifs.
La langue française se pratiqua peu à peu, notamment dans les villes par l'élite bourgeoise et religieuse et elle se répandit d'autant plus facilement que le breton n'était pas interdit.
Les premières mesures coercitives à l'égard des langues régionales n'apparurent qu'avec la révolution et surtout au début du 20ème siècle.

Merc'h bian - Petite fille - Illustration de Marie-Claude Monchaux - Les enfants bretons Editions Ouest-France



Il y avait encore beaucoup de nos ancêtres dans nos villages ruraux du pays d'Iroise qui ne s'exprimaient qu'en breton jusqu'au milieu du 20ème siècle.
Les premiers rudiments de la langue française étaient acquis à l'école avec des moyens pédagogiques qui parfois étaient odieux, discriminatoires et qui nous révoltent encore aujourd'hui.
C'est ainsi que s'appliquait couramment dans la classe et dans la cour de récréation la règle dite du « symbole ». Il s'agissait de « faire honte » à tous ceux qui parlaient le breton à l'école en les désignant aux yeux de tous par un objet quelconque que l'on portait en général autour du cou ( fer à cheval, sabot, ardoise etc.) ! Et cette mesure discriminatoire était appliquée aussi bien dans les écoles religieuses que laïques!
On parlerait aujourd'hui à juste titre de souffrance psychologique pour les enfants et, les professeurs, seraient sans aucun doute les premiers à s'opposer à de telles mesures qui étaient encouragées à l'époque par les autorités ministérielles en charge de l'Education.


Paotr Bian - Peit garçon - Illustration Marie-Claude Monchaux - Editions Ouest-France

Orthographe des noms

L'orthographe des noms a évolué bien sûr au cours des siècles dans les mêmes conditions que les langues.
Ainsi on trouve dans des actes juridiques un Jehan (Jean) Eostig en 1434 puis christophe Léaustic en 1675.
Les prêtres des paroisses puis les secrétaires de mairie ont pris aussi des libertés avec l'orthographe des noms. C'est ainsi qu'au 19ème siècle à Brélès le secrétaire de mairie intitule un acte de naissance Léostic alors que dans la rédaction de l'acte apparaît le nom Léaustic et que le père de l'enfant signe Léaustic.

On peut être plein d'admiration pour les efforts de Christophe Léaustic (né vers 1624 et décédé en 1699) qui s'évertuait de manière laborieuse à écrire son nom comme l'a rappelé et attesté Gwenn Léaustic dans un article publié dans le présent blog. Voici l'acte juridique  signé XTOFFE LEAUSTIC en 1675 par Christophe Léaustic :


EVOLUTION CULTURELLE

Lorsqu'on consulte les documents d'état-civil relatifs à nos ancêtres on constate très peu finalement de signatures avec une croix (x), signe international affichant l'analphabétisme. On peut penser que nos ancêtres dès lors qu'ils savaient écrire leur nom et le signer avaient par ailleurs quelques rudiments d' écriture.

Globalement le retard culturel de nos ancêtres par rapport à la moyenne nationale française a existé jusqu'au milieu du 20ème siècle.
En 1863 le nombre d'hommes n'ayant pas signé leur acte de mariage était de 26 % en France et  de 62 % dans le Finistère. Pour les femmes ces taux étaient respectivement de 41% et de 78%.
Un siècle plus tard en 1968 la Bretagne n' accuse plus qu'un  léger  retard pour tous les diplômes : 4,7% de bacheliers contre une moyenne nationale de 6%.

On peut mesurer le chemin parcouru lorsqu'on sait qu'aujourd'hui le Finistère est le département le plus scolarisé et le plus diplômé de France...
Notons à ce sujet que depuis 1998 l'Académie de Rennes (Bretagne) est  l'Académie qui connaît en France le taux de réussite le plus élevé au bac général (sauf en 2006 et 2007 où elle est la deuxième). Et dans les départements bretons le Finistère est sans discontinuer le premier département en termes de réussite  au Bac depuis 1994.
En termes de statistiques voici les taux de réussite au bac général en 2007 :

France : 87,6 %
Bretagne :  91,5 %
Finistère  : 93,6 %

 En 2007 Le brevet des collèges  est logé à la même enseigne  en termes de réussite :

France : 81,9 %
Bretagne : 86,8 %
Finistère  : 88 %

Pour expliquer ce "bond" culturel citons les propos de Jean Rohou, professeur d'université et auteur de "Fils de ploucs" (2 tomes) aux Editions Ouest France :

"...Victimes du sous-développement et du mépris... et condamnés à une émigration misérable, les Bretons ont eu grand besoin de s'en sortir par la réussite scolaire, seule solution dans une province sans grande industrie jusqu'au milieu du 20ème siècle. Aujourd'hui, fiers de leur réussite et de l'admirative reconnaissance qui a remplacé le mépris, ils continuent sur cet élan, mais dans la joie et non plus dans un esprit de revanche ni dans une un douloureux effort pour échappper au malheur...
"...cette motivation, cette réaction historique est le facteur essentiel de la réussite bretonne..."
"... L'investissement scolaire est facilité en Bretagne par un tissu social, familial et moral plus solide que la moyenne...." et peut s'expliquer... (entre autres raisons) par "...une plus grande influence des femmes, soucieuses de promotion culturelle"!



(1) Jusqu'au début des années 1980 les mots analphabétisme et illettrisme étaient synonymes.
Depuis un glissement sémantique s'est officialisé et un néologisme est apparu.
Aujourd'hui l'analphabète qualifie une personne qui "ne sait  ni lire ni écrire" tandis que l'illettré est celui qui a "des connaissances en lecture et en écriture mais insuffisamment pour faire face à certaines situations de la vie quotidienne ou professionnelle". 

Publié dans CULTURE

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anglais facile 07/07/2010 11:42


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