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En l'absence d'archives familales on a très peu d'informations sur les conditions de vie personnelle de Gabriel Léostic à
YOKOSUKA de 1866 à 1873. Les lettres qu'il a pu écrire à sa famille n'ont pas été retrouvées.
On connaît cependant les conditions générales du séjour des ouvriers français construisant l'arsenal de Yokosuka telles qu'elles figuraient dans l'avis de
recrutement.
Logement :
Les habitations étaient préparées par les soins du chef des travaux hydrauliques de l'arsenal. Celles destinées aux personnes
mariées étaient entourées d'un jardin. Tous les français étaient regroupés dans un village appelé le village français.
Restauration :
Un restaurant était établi dans le village français et la nourriture fournie par un entrepreneur européen d'après un
tarif convenu avec l'administration.
La gastronomie de Yokosuka étant basée sur le poisson et les fruits de mer on peut supposer que Gabriel Léostic et ses camarades brestois ne furent pas dépaysés sur le plan de la nourriture.
Leur surprise dut cependant être grande avec le sashimi . Le poisson cru n'est pas une spécialité bretonne même lorsqu'il est accompagné de riz (suchi) ! Ils durent également
découvrir et apprécier le tenpura (beignets de poisson et de légumes).
L'histoire ne dit pas si ce restaurant était surnommé par les ouvriers "A la gueule d'or"
comme celui de l'arsenal de Brest jusqu'à une époque encore récente !
Pour les ménages, les produits alimentaires de consommation journalière se trouvaient au village japonais ou apportés de Yokohama par des commissionnaires libres.
Habillement :
Les objets d'habillement et les chaussures pouvaient être achetés à Yokohama à des prix relativement élevés dans des magasins
européens. Il était conseillé aux ouvriers d'apporter de France un approvisonnement permettant de se vêtir pendant 2 ans.
En conséquence chaque personne pouvait apporter gratuitement jusqu'à 250 kg de bagages.
Produits particuliers :
Des produits comme par exemple les matelas, huiles, vins, bougies, papier étaient importés par l'administration. Ils étaient
vendus aux ouvriers .
Les ménages pouvaient apporter la batterie de cuisine et la vaisselle et il leur était alloué à cet effet un supplément gratuit de bagages de 100 kgs.
Loisirs :
Pour les objets d'agrément tels que les livres et les jeux, l'administration avait organisé un
cercle et se faisait rembourser par les personnes abonnées.
Des consignes strictes de comportement étaient appliquées et un rapport de 1866 notait "qu'il ne fallait pas que les français donnent l'exemple de l'inconduite et du désordre dans un pays
où les habitants possèdent des moeurs si douces, si polies, si bienveillantes. Il est indispensable au contraire que nous montrions à ce peuple fier de ses traditions nationales, des
qualités susceptibes de nous faire apprécier et qui, seules, peuvent nous faire gagner sa confiance.
Mais pour maintenir plus facilement cette colonie d'ouvriers dans la ligne de devoir, il sera bon d'établir des salles de lecture, de créer des jeux et de fournir des distractions pour les jours
de fête et de congé, afin de retenir autant que possible les ouvriers dans l'intérieur des établissements officiels en leur rendant leur séjour agréable."
Pour rompre leur solitude les familles se rencontraient souvent. On relate qu'en 1872 les dames
françaises résidant au Japon organisèent une souscription pour aider la France à se redresser après la défaite contre la Prusse !
Les milieux européens de Yokohama, Tokyo ou Nagasaki organisaient des soirées musicales, des régates, des réceptions où se retrouvaient bien sûr les familles françaises de Yokosuka.
Culte :
Une chapelle avait été construite pour les catholiques. Elle était située au milieu des habitations dans le village
français. Les offices étaient célébrés par les prêtres des missions étrangères de Yokohama.
La chapelle au mileu des maisons d'habitation (à gauche la maison de Louis Florent le quimpérois)
Photographie site www.mairie-quimper.fr
Coût de la vie :
Les salaires étaient fixés à un tarif suffisant pour que tout ouvrier en économise la moiité.
Les personnels pouvaient transférer leurs économies en France par des lettres de change procurées par des banques "sûres" de la place telles le Comptoir d'escompte de PARIS.
Sécurité :
Dans la crainte d'un événement imprévisible comme des troubles dans la population japonaise par exemple, un bâtiment
de guerre, Le Goéland, mouillait en permancence à proximité afin d'embarquer tous les ressortissants français.
S'agissait-il de la goélette construite en 1810 par l'arsenal de Toulon ou du cutter construit en 1827 par l'arsenal de Cherbourg ?
Les querelles avec les japonais, les actes contraires aux lois, aux bonnes moeurs étaient sévèrement sanctionnés par Monsieur Verny, le directeur de l'arsenal, en liaison avec les
autorités japonaises.
La nostalgie :
Gabriel Léostic était veuf et avait laissé ses deux filles en internat à Landerneau. On peut imaginer facilement la nostalgie
qui devait parfois l'habiter d'autant plus qu'il séjourna au Japon 7 ans et demi de manière ininterrompue.
Il tomba d'ailleurs gravement malade au printemps de 1873 et un de ses camarades relatait que la seule conversation qui intéressait Gabriel était de parler de Brest, de ce qu'il y ferait, de la
manière dont il vivrait et de son installation avec ses enfants.
Phénomène classique que connaissent tous les expatriés, les bretons peut-être plus que les autres..., la nostalgie du pays natal n'étant pas toujours contrebalancée par les avantages matériels de
l'expatriation.. les 13 brestois qui étaient présents devaient souvent évoquer le pays entre eux...
Héritage culturel...
Ce séjour de Gabriel Léostic et de ses camarades brestois au Japon marquèrent les uns et les autres, les japonais
comme les brestois. Des liens privilégiés unissent depuis plus d'un siècle Yokosuka et Brest, deux cités à vocation maritime.
Depuis 1971 les villes de Brest et Yokosuka sont jumelées. Ce jumelage est particulièrement dynamique et vivant.
Les rencontres sont nombreuses lors notamment des fêtes quadriennales de la mer et des bateaux à Brest.
Dans le domaine de la recherche signalons notamment le protocole d'accord qui existe entre Yokosuka Research Park (centre de recherche spécialisé dans les mobiles et dans le domaine des
télécommunications) et Technopole Brest-Iroise qui regroupe de nombreux centres de recherches et d'une manière générale tout ce qui concerne l'innovation technologique et la formation
supérieure (Ecole supérieure des Télécommunications, IFREMER etc.
Les Japonais ne sont pas en reste... si vous visitez Yokosuka vous découvrirez cette maison typiquement bretonne... qui abrite
le souvenir de l'ingénieur Verny et de son équipe... Histoire, machines, photographies...
Photographie blog://mon-japon.over-blog.com| Mai 2012 | ||||||||||
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